LE RESTAURANT DU PALAIS ROYAL : PAS SI GRANDIOSE

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Vous connaissez l’histoire du crapaud qui se transforme en prince ? Et oui, mesdames, cette histoire on nous l’a rabâchée pendant toute notre enfance, et du haut de mon quart du siècle j’ose encore parfois y croire. Je n’avais pas encore envisagé celle du prince qui se transforme en crapaud, et c’est pourtant bien plus courant. Au Restaurant du Palais Royal, le conte a ainsi été pris à rebours, et derrière les promesses les plus séduisantes de cette table bourgeoise du 1er arrondissement se cache une véritable déception.

palais royal chronopoulos

SUR LE PAPIER, L’ÉQUATION DU PALAIS ROYAL EN IMPOSE

Tout, pourtant tout, semblait huilé comme la mécanique d’une Ferrari. L’adresse, d’abord, charme par son incomparable emplacement dans les jardins du Palais Royal. On ne pouvait rêver plus noble. La déco, tout en taupes et ocres, ravit l’oeil et les CSP++ qu’on imagine refaire le monde dans les opulentes banquettes. Pourtant, ce vendredi soir-là, ils sont aux abonnés absents et la salle est vide aux neuf dixièmes (j’aime la précision mathématique, hein). Même les touristes qui sillonnent le quartier n’ont pas fait le déplacement.
Trêve d’apparats, la vraie promesse de l’adresse, c’était son chef : Philip Chronopoulos. Beau brun ténébreux au regard de braise, la trentaine fière et surtout le pédigrée d’un aristocrate de la casserole. Ancien chef exécutif de l’Atelier Joël Robuchon, deux étoiles au guide rouge, Chronopoulos n’a plus à faire ses preuves. Le tzatziki et le souvlaki, il les maîtrise sur le bout des doigts. Pardon, la boutade était bien trop facile ; le chef donne en réalité dans la haute gastronomie française. Mais la chantilly peine à prendre, les compositions pêchent par complexification inutile, et on manque l’évidence qui fait les grands plats.

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L’addition joue quant à elle dans une cour royale. On rattrape les prix d’un étoilé avec un dîner autour des 100€ à la carte, et les produits veulent se la jouer grand style, du homard au caviar. Et même pas de lard. Philip Chronopoulos aurait-il enfilé un costume qui n’était pas à sa mesure ? Car je ne remets pas en question les talents du bonhomme, mais le manque de cohérence de sa cuisine qui oscille entre chichis et volonté de trop en faire. Et manifestement elle n’a pas su trouver son public.

DANS LES ASSIETTES, LE JOLI CARROSSE SE TRANSFORME EN CITROUILLE (ET LE NAVET N’EST PAS LOIN)

Je commence par une entrée popu, la salade de betteraves et trévise. C’est pas mal certes, mais à plus de 20€ le petit potager, on s’attendait à davantage d’audace. Je n’y ai pas trouvé plus de plaisir que dans la salade betteraves et cresson de Yard, où l’efficace menu déjeuner entrée-plat-dessert est tarifé moins cher que cette unique entrée du Palais Royal.

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La suite est plus construite, mais l’ensemble souffre d’une main un peu lourde sur la salière. La sole est bien cuite et le mariage avec l’endive pourrait fonctionner, d’autant que le chef a eu la bonne idée de garnir l’ensemble d’une généreuse sauce (c’est malheureusement de plus en plus rare de nos jours). Mais cette dernière est diablement corsée, et les saveurs se perdent dans un imbroglio écoeurant à la troisième bouchée.

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Le dressage du dessert est élégant, mais une nouvelle fois les parfums manquent d’équilibre pour ce baba aux agrumes et crème café. On préférera toujours un classique parfaitement exécuté, à une revisite casse-gueule. Entre le café et l’agrume, l’alchimie se cherche encore.

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UN BON COUP ?

On ne vous conseillera pas de vider votre portefeuille au Restaurant du Palais Royal. Pour résumer : une cuisine qui loupe l’évidence, une addition salée et des imprécisions malgré de belles intentions. Une alternative dans le quartier ? Zébulon, très jolie cantine raffinée qui mériterait ses lettres de noblesse.

L’addition : menu déjeuner 48€; carte 90€-130€, menu dégustation 142€.

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LE RESTAURANT DU PALAIS ROYAL
110 Galerie de Valois
75001 Paris
+33 1 40 20 00 27
Quartier : Palais Royal/Pyramides/Bourse/Louvre
5.5 Pourquoi pas
  • qualité 5.5
  • ambiance 7
  • prix 4

About Author

Co-fondatrice du Grumeau, Alice parcourt inlassablement Paris (et le monde) à la recherche des dernières bonnes adresses.

2 commentaires

  1. micheline on

    Même constat.
    Possible que le maitre de cérémonie n’officiât pas ce soir-là !
    Dommage, le personnel est attentionné

  2. L’ambiance est plutôt agréable : personnel sympathique et décoration très attractive. Seulement, l’addition laisse un goût amer compte tenu des innovations un peu hasardeuses : bonnes, évidemment… mais à ce prix là on attend plutôt d’être renversé !

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