AKRAME, LE BON ÉLÈVE

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Parfois on va au resto en trainant les pieds, que ce soit pour y retrouver belle-maman ou déguster une énième souris d’agneau confite au thym. Parfois on y va en courant. Notre déjeuner chez Akrame s’inscrivait clairement dans la deuxième catégorie. Et pourtant. Si ce ne fut pas une franche déception, on ne peut pas dire que notre repas fut placé sous une bonne étoile, bien que le gaillard en affiche deux depuis l’édition 2014 du précieux feuillet rouge.

menu déjeuner akrame

Aucun défaut fondamental dans les assiettes qui sortent du 16 rue Lauriston (où officiait jadis le maître Guy Savoy, c’est dire si le lieu est chargé d’ondes positives). Au fond c’est peut-être le problème. L’ensemble est chaque fois maîtrisé, bien exécuté, mais rien ne semble dépasser de cet opus où on attendrait une fausse note pour faire chavirer nos papilles. Akrame propose une cuisine inscrite dans l’air du temps, mais on espère encore l’émotion et ce jour-là sa proposition manquait de brillance, d’élan et de nervosité. On repassera donc pour le grand frisson.

CHEZ AKRAME, ON A L’ART ET LA MANIÈRE DE RECEVOIR

En salle, Farah Benallal est d’un professionnalisme hors pair, et on a même la chance de croiser Akrame qui n’hésite pas à visiter ses convives. Il faut dire que la salle est d’une taille franchement modeste et on peut respirer les effluves qui sortes de la cuisine ouverte, non sans délectation.
Le service est affable et le repas commence merveilleusement bien avec des beurres maison – celui à la tonka copieusement tartiné sur un pain croûté à souhait est un régal.

BISTROT OU GASTRO : IL FAUT CHOISIR

Modestes, nous choisissons le menu à 60€ qui se compose de trois plats surprises. Si la proposition est alléchante sur le papier, la comparaison semble douloureuse après dégustation. C’est bon certes, mais ce repas vaut-il vraiment vingt euros de plus qu’un Pirouette, un Neva, voire trente de plus qu’un déjeuner au Septime ? La frontière est bien ténue entre un bistrot qui a du brio et un gastro où l’addition a du mal à être digérée.
Dans les assiettes, ça donne quoi ? Un lieu jaune escorté d’une sauce au vin jaune. Le poisson a reposé quelques secondes de trop dans la poêle, mais le condiment au kiwi et le curcuma lui redonnent une belle tonicité.

menu déjeuner akrame

La viande séduit moins : si la cuisson du poulet est au cordeau, le salsifis parfumé et le jus suffisamment corsé ; la composition manque de profondeur. Ce je-ne-sais-quoi ou ce supplément d’âme qui font les grands plats. Dans le registre avicole, j’ai bien davantage apprécié la volaille, sauce morilles, mangue verte et igname du Zébulon.

menu déjeuner akrame

ET NON, CE N’ÉTAIT PAS UN OREO

Visuel contemporain beaucoup plus surprenant au dessert. Nous ne jouerons pas aux devinettes, derrière cette couleur noir carbone, se cachent un biscuit et une mousse au chocolat. Un sorbet au citron dopé en acidité vient troubler le jeu du côté des aigus. Et ça marche. En revanche, on comprend moins bien la pertinence de la salade d’agrumes, aussi plaisante soit-elle.

menu déjeuner akrameakrame

UN BON COUP ?

Pas au déjeuner en tout cas. L’équation entre addition gonflée à bloc et plats plus bistrot que gastro, trop sages pour y découvrir une vraie personnalité, n’est pas cohérente. Gageons que le talent d’Akrame se révèle avec davantage d’éclat sur des menus plus abondants.

L’addition : menu déjeuner 3 plats 60€, menu 4 plats 110€, menu 6 plats 130€.

_______________________
AKRAME
19 Rue Lauriston
75016 Paris
+33 1 40 67 11 16
Quartier : Kléber/Etoile/Chaillot/Iéna
6.2 Pourquoi pas
  • qualité 6.5
  • ambiance 6.5
  • prix 5.5

About Author

Co-fondatrice du Grumeau, Alice parcourt inlassablement Paris (et le monde) à la recherche des dernières bonnes adresses.

5 commentaires

  1. C »est souvent le risque des déjeuners des restaurants qui jouent les cartes blanches, car ils n’ont pas le même temps de préparation.

    J’ai beaucoup aimé mon dîner chez Akrame (et ma femme a adoré) il y a un an et demi (le menu du soir était à 80€ à ce moment, l’année de sa seconde étoile), qui a brillé sur la prestation globale très homogène de bon niveau que par un plat coup de coeur en particulier.

    Pour ma part, j’ai été déçu du Sola un samedi midi, alors que mon frère avait largement préféré la proposition du soir.

    • micheline on

      Tout est suggestif : on apprécie plus le restaurant lorsque l’on est en forme ou que l’on est en bonne compagnie…..
      Un même plat, un même service, mais un autre jour vous semblera plus ou moins agréable en fonction de votre état d’esprit.
      Pourtant, les choses ont un prix et les prix parisiens sont souvent scandaleux.

    • Merci pour ce retour d’expérience Dominique. C’est vrai que les prestations dans cette gamme de restaurants étoilés sont parfois irrégulières selon que l’on vienne au dîner ou au déjeuner. Cela nous était arrivé également au Carré des Feuillants pour un dîner en groupe où nous avions été déçus après une première expérience fabuleuse. J’imagine que c’est plus compliqué en cuisine de sortir autant d’assiettes au même moment et de garder la même qualité exceptionelle.

  2. j’y ai fait l’un des meilleurs diners de ma vie alors qu’il n’avait encore qu’une étoile. Un repas gastro avec plus de 8 plats et tout était parfait sans les tics de la bistronomie de l’Est parisien. je garde un souvenir ému d’un pigeon à la cuisson parfaite sur un petit brasero. Il était ce soit largement au niveau d’un 3 étoiles (et j’en ai fait quelques uns). J’y étais retourné pour un déjeuner assez décevant mais ce jour là il n’était pas en cuisine.

    • Merci pour ton retour Marie-Pierre ! Effectivement, le chef n’était pas non plus présent ce jour-là au déjeuner… On y retournera un de ces jours pour un dîner, l’expérience semble être un niveau au-dessus.

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