KEI KOBAYASHI, LA POÉTIQUE DU GESTE

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La claque. Mon post pourrait bien se terminer ici car l’art de Kei Kobayashi excède les mots que l’on pourrait poser sur lui. On en dira toujours trop ou pas assez sur sa cuisine et la précision de son geste, mais je vais tenter davantage d’exhaustivité pour vous décrire notre mémorable dîner au restaurant Kei.

kei kobayashi restaurant

Le phénomène Kei

Chevelure peroxydée et génie démentiel dans sa besace, Kei Kobayashi dénote dans le paysage gastronomique parisien. Jamais ses assiettes n’ont un air de déjà vu et si ce chef a été formé chez Alain Ducasse, son geste s’est affranchi du classicisme de la haute gastronomie hexagonale. Imaginez le choc frontal entre la plus grande cuisine française et l’air du temps, vous obtiendrez une bonne approximation de Kei — la chevelure en moins certes. Derrière la discrète façade de la rue Coq Héron, son talent se déploie dans un écrin immaculé, rythmé par quelques taches mauves. Le service est un peu réservé, dommage.

Voyage en terre inconnue

Salade de légumes croquants, saumon et émulsion à la roquette. Ça pepse, ça croque, ça pulse. L’assaisonnement envoie une décharge de tonicité herbacée sur de beaux légumes et un saumon à la tendresse incroyable. Un plat à la sobriété magnifiée par quelques détails ; comme une fine couche de mayonnaise titillée d’anchois ou un crumble d’olives noires d’une longueur sans pareil.

restaurant kei entree

restaurant kei poissonCoup de maître avec le bar aux écailles croustillantes. Ces dernières sont puissamment iodées et pétillent presque sous la dent. La texture, très proche de celle d’une pomme soufflée, déroutera sans doute. Rien à redire quant à la cuisson du bar. En revanche j’ai plus de réserves concernant la sauce au vin rouge agrémentée d’anguille fumée. L’équilibriste manque de flancher car le jus très corsé pourrait bien noyer la délicate saveur du poisson.
Maîtrise du geste avec un émouvant plat qui transpire la culture gastronomique française : homard, courge, truffe. Une efficacité redoutable pour cette composition tout en harmonie qui démontre une nouvelle fois la maîtrise des saveurs et celle des textures de Kei. Un cran au-dessus — deux même — du homard au pois chiche de La Briqueterie.
Cochon ibérique, échalote vinaigrée et radis. L’association du vinaigre avec le gras du porc est sacrément bien sentie et promet un joli spectacle sous le palet. Voilà une proposition à l’image de la cuisine de Kei Kobayashi : nuance des mariages, élégance du geste et précision des assaisonnements.

restaurant kei kobayashi

Moins enthousiasmants, les desserts permettent toutefois de terminer ce dîner en légèreté. Le vacherin au citron, crème marron et chantilly au rhum, déboussole au premier abord mais sait se faire apprécier à la deuxième bouchée grâce à la justesse des accords. L’entremet au chocolat accompagné d’une panacotta au café et à la bière Guinness joue le même genre de partition. Une petite musique plaisante qui ne parviendra pas à faire oublier la magie de certains plats.

kei3

Un bon coup ?

Sans aucun doute. Un des meilleurs coups de la capitale même, entre figures techniques et émotion pure. Si vous avez des envies d’exploration et de poils qui se dressent, réservez chez Kei — le menu déjeuner peut être une option à considérer pour une première approche. Allez-y avec de fins gourmets, l’expérience n’en sera que plus vibrante.

L’addition : menu déjeuner 52€ (5 plats) ou 96€ (8 plats) ; menu dîner 99€ sauf le samedi soir (6 plats) ou 145€ (8 plats). 

KEI •
5 Rue Coq Héron
75001 Paris
+33 1 42 33 14 74
Quartier : Louvre/Palais Royal/Pyramides/Les Halles

•••

7.2 Décoiffant

Dans son restaurant du 1er arrondissement de Paris, Kei Kobayashi propose certainement l'une des cuisines les plus inventives et techniciennes que l'on puisse trouver. Un dîner chez lui est une démonstration de précision en même temps qu'une puissante décharge d'émotion. Un must pour les palais avertis.

  • Qualité 8
  • Ambiance 6.5
  • Prix 7

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Co-fondatrice du Grumeau, Alice parcourt inlassablement Paris (et le monde) à la recherche des dernières bonnes adresses.

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