JÉRÉMIE TOURDJMAN : ENFIN DU NOUVEAU AU TROCADÉRO

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Ouvrir un restaurant bistronomique en plein 16ème arrondissement c’est comme déguster une bûche de Noël au beau milieu de l’été. Un transgression. Autant vous dire que la découverte du restaurant de Jérémie Tourdjman n’en fut que plus succulente. Elégant, racé et sans chichis, Jérémie — pas de méprise, je parle du restaurant qui est ainsi nommé, pas du chef — c’est tout ça.

jeremie tourdjman restaurant

Le décor est sobre, immaculé et élégant sans en faire trop. Humble mais pas complexé, simple mais pas simpliste, à l’image de la cuisine du chef. Ça tranche franchement avec un fameux voisin de l’avenue Kléber, à l’égo aussi monté qu’une mayonnaise, l’Hexagone de Mathieu Pacaud.

JÉRÉMIE, JÉRÉMIE QUI ?

Sourire Colgate et sens du contact évident, Jérémie Tourdjman navigue entre les tables comme un poisson dans l’eau. À même pas trente ans, il a déjà l’aisance et les tours de main d’un vieux loup de mer. Et oui avec un CV pareil, on a de quoi avoir le tournis : des débuts à  la Ferme Saint Simon ; trois ans au mythique Carré des Feuillants ; un détour chez Ducasse à Monaco avant de prendre le gouvernail du Violon d’Ingres, la table étoilée de Christian Constant, pour quatre saisons.
On nous accueille avec un pain à la croûte chantante, des radis et des concombres escortés d’une sauce tzatziki pour la fraîcheur. Bien vu.

jeremie tourdjman restaurant

Mon acolyte se jette avec enthousiasme sur la sage formule déjeuner et attaque par un velouté d’asperges vertes. Texture un brin fluette à mon goût et saveurs un peu timorées. Mais l’émulsion au safran ramène de la tonicité et l’oeuf poché apporte une belle rondeur à cet ensemble végétal. On attendait un Jérémie plus canaille, mais ce sera pour plus tard.
À la carte, je débute mon déjeuner avec la salade niçoise ; une fraîcheur sans fards, une ventrèche de thon d’une longueur gustative agréable et des croutons qui font « crac » sous la dent. Ouf, on a évité l’écueil des tomates, l’assaisonnement aurait pu être plus nerveux cependant. Mais finies les jérémiades. 

jeremie tourdjman restaurant

jeremie tourdjman restaurant

DU BISTROT AU GASTRO

On monte clairement en gamme sur la suite du déjeuner. Le début était plaisant mais sage, la suite est carrément explosive, sans que le chef ne renie son identité classique. En face, l’onglet de boeuf poêlé joue dans la catégorie poids lourds. L’assiette est inondée d’un jus aussi bon que beau : court, luisant, serré et corsé, presque capiteux. Franchement ça fait du bien quand la plupart des chefs semblent croire que les sauces appartiennent à une cuisine datée, lourde. La pomme de terre braisée au wasabi a un sacré caractère et répond avec brio à la puissance de la viande.
La sole que l’on devine sous un nuage vaporeux d’émulsion au lard est une belle dame. La chair est cuite à la perfection, enroulée sur des blancs en neige qui gonflent à la chaleur. Résultat des courses, le poisson est tendre, laiteux, et a la légèreté d’une meringue. Le lit de petits pois est un ravissement végétal, qui achève le plat dans une douceur sucrée planante. Jérémie maîtriserait-il aussi bien le poisson qu’Antoine, un autre camarade du 16ème arrondissement ?

jeremie tourdjman restaurant

jeremie tourdjman restaurant

La meringue justement arrive au dessert, chatouillée par l’acidité d’un sorbet fruits rouge et la générosité d’une glace vanille bien aromatique.
Et le millefeuille. Un évanouissement. Bon, d’abord il ravit nos abonnés Instagram, mais la véritable prouesse est ailleurs. On est loin de la version dense des millefeuilles de pâtissiers, ici le feuilletage est aussi aérien qu’un empilement de papiers cigarette et la crème boostée à l’oxygène. La bête est chapeautée d’un caramel beurre salé très équilibré. Jérémie est plus ou moins parti avec la recette de Christian Constant qui a fait du millefeuille sa spécialité, mais chut c’est un secret, la version du disciple est encore plus renversante.

jeremie tourdjman dessert

jeremie tourdjman restaurant

UN BON COUP ?

Oui. Oubliez les tables endimanchées du quartier et réservez dare-dare chez Jérémie car ce jeune homme va très, très vite se faire un nom.

L’addition : formule déjeuner à partir de 30€, environ 55€ à la carte. 

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JÉRÉMIE
33 Rue de Longchamp
75116 Paris
+33 1 47 04 96 81
Quartier : Trocadéro/Kléber/Iéna/Longchamp

7.7 courez-y

Le pari de Jérémie Tourdjman est osé : ouvrir un restaurant bistronomique dans le très conservateur 16ème arrondissement. La réussite n'en est que plus éclatante. Si les entrées manquaient de caractère, le reste de notre déjeuner fut brillant (sole aux petits pois, onglet de boeuf, millefeuille caramel beurre salé). Côté prix ? Menus sages au déjeuner et carte autour de 55€.

  • qualité 8
  • ambiance 7.5
  • prix 7.5

About Author

Co-fondatrice du Grumeau, Alice parcourt inlassablement Paris (et le monde) à la recherche des dernières bonnes adresses.

4 commentaires

  1. Pingback: A new complimentary article for Chef Jeremie | Blog Jeremie Restaurant

  2. micheline on

    Encore une adresse qui va nous plaire.
    Merci.
    Je vous en parle dès que nous l’avons testée

  3. Suivant votre conseil, nous nous sommes rendus chez Jérémie.

    Et bien je me souviendrai encore longtemps de l’entrée au fois gras cuit sauce maïs (accompagné de ses 6 pop corns, oui, oui…) et du dessert cookie. De la très grande cuisine !

    • Merci du retour Emile, visiblement la cuisine a diablement changé depuis notre passage. Peut-être que le chef tente d’attirer une clientèle moins traditionnelle, pas évident vu le quartier.

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